Marie-Laure CLAIN, ingénieur agronome

Jan 6, 2013
Portraits

[[[img src="left" alt="jpg/MLClain.jpg" align="" ]] # Votre choix professionnel actuel correspondait à une vocation? Pas vraiment… en fait je m’orientais vers une carrière scientifique, mais les longues années de médecine me décourageant, je me suis inscrite en classe préparatoire, pour mûrir mon projet professionnel. Et c’est par opportunités successives que j’ai construit mon projet actuel, ingénieur agro en charge de projet dans une société d’édition de logiciel pour le monde agricole. # Racontez-nous vos années d'études, votre parcours professionnel? Le Baccalauréat scientifique en poche, je suis allée pendant deux ans en classes préparatoires math-sup-bio à Lyon, pour préparer les concours aux grandes écoles. Une fois le concours passé, ayant travaillé avec acharnement pendant deux ans, je savais que j’aurai l’école souhaitée : l’école d’ingénieur d’agronomie de Montpellier – maintenant Montpellier SupAgro. Mon objectif était de me spécialiser dans les cultures et produits agricoles des régions chaudes pour revenir à la Réunion. Mais grâce à de nombreux échanges, j’ai laissé ouvert le « champ des possibilités ». C’est ainsi que pendant un an, je suis restée en césure (ou année d’alternance) durant laquelle j’ai réalisée deux stages dans deux domaines qui m’intéressaient : l’aménagement du territoire (stage en chambre d’agricultures à Saint Pierre) et la recherche en agriculture de précision (stage à l’université de Sydney en Australie, qui était la suite d’un premier stage de 6 mois). Ces expériences furent enrichissantes car elles m’ont permis d’identifier ce qui ne me correspondaient pas : la recherche pure. Mais la technologie de précision me plaisait assez ainsi que l’aménagement du territoire, c’est donc tout naturellement que je me suis orientée en 3ème et dernière année d’école vers une spécialisation sur les technologies de l’information et la communication. J’ai ensuite réalisé mon stage en bureau d’études environnemental, pour la gestion de projets éoliens, où j’ai travaillé 6 mois, avant de prendre mon poste actuel en tant que chef de projet client. # Recevoir le prix talent de l'Outre-Mer a-t-il eu un effet bénéfique sur ce parcours? Pas vraiment malheureusement… j’ai découvert les talents d’outre-mer bien après ma prise de poste actuelle. Néanmoins, je ne cache pas que ça m’a rassurée… ce n’est pas tous les jours qu’on vous appelle talent ! # Quitter votre terre natale a-t-il été vécu comme un sacrifice, un déracinement, une nécessité? Que vous manque-t-il le plus de votre département d'origine? Une nécessité sur le moment, vécue joyeusement au début, mais très rapidement, ce fut une vraie déchirure. Tout me manquait : la famille, la maison, le beau temps, les fruits et légumes, la plage… ce qui me manquait le plus était la famille. # Quelle est votre perception de la situation socio-économique en Outre-Mer? Je ne vais pas parler pour les régions que je ne connais pas et je ne vais pas parler de choses que je ne connais pas non plus. J’avoue que j’ai peu de visions de la situation économique globale à la Réunion, non pas que ça ne m’intéresse pas, mais je ne prends pas le temps de m’y pencher. Pour ce qui est de la situation sociale, je vois qu’il est très difficile de trouver une situation stable avec un travail et ce qui vient ensuite pour beaucoup de personnes… Je m’inquiète un peu des générations futures et de ce qu’il leur restera… Je ne suis pas présente pour me battre pour ma génération et les générations à venir, mais j’espère que d’autres personnes font en sorte que l’avenir soit meilleur que le présent ! # Votre ressenti par rapport à l'insertion et à la représentativité des domiens au niveau local, national ou international? Mon ressenti est très positif. Je n’ai jamais ressenti ou entendu parler autour de moi de malaise ou de supériorité du fait d’être réunionnais à l’étranger. Pour ce qui est du niveau local, j’ose imaginer qu’il reste une part en chacun de solidarité entre réunionnais, notamment le « piston » comme on dit dans le boulot par exemple, mais c’est pareil partout ! # Comment vivez-vous votre lien avec la France, la mère patrie? Pour être honnête, je ne suis pas « nationaliste », donc les termes comme « mère patrie » ne me parlent pas… Mon lien avec la France métropolitaine date de mon enfance, vu que j’y ai grandi, et que j’y vis, très bien d’ailleurs. C'est un lien qui s'est construit peu à peu. J’y ai des attaches, des souvenirs, et encore un certain avenir… # Quel est votre regard sur le pays dans lequel vous vivez actuellement? On pourrait évoquer différents points : de politiques sociales, de politiques économiques… Je ne me sens pas tout à fait rassurée aujourd’hui en France. Encore moins parce que je vis avec quelqu’un qui est indépendant, et que le monde socio-économique aujourd’hui n’ouvre pas les portes à ces personnes. J’espère que cela changera, et que l’accès aux choses primordiales comme le sont le logement et l’éducation s’amélioreront très rapidement pour les personnes plus démunies. Aujourd’hui, ces deux choses manquent et c’est un fléau pour notre société. # Que pensez-vous du rôle du C.A.S.O.D.O.M*, le comité parisien à l'origine de la création du prix jeune talent et talent confirmé de l'Outre-Mer et de l'impulsion de notre Réseau? J’attends de voir ! Je ne suis pas encore totalement impliquée et au courant, mais j’aime cette idée de promouvoir, féliciter, encourager l’outre-mer et mettre en réseau les personnes originaires de l’outre-mer ! # Quel conseil donneriez-vous aux jeunes domiens afin de les motiver à suivre le chemin des Talents de l'Outre-Mer, notamment aux jeunes qui sont en proie à des difficultés dans nos îles? Mon conseil serait d’aller toujours de l’avant, de ne pas avoir peur de partir pour mieux revenir ! # Comment envisagez-vous d'apporter votre contribution à la cause de la mise en valeur de la compétence ultramarine, au Réseau des talents de l'Outre-Mer? A ce jour, je n’ai pas encore réfléchi à la question. Je ne me sens pas totalement investi pour le moment dans cette « cause ». Je sais que pour le moment ma seule contribution, qui n’est pas moindre, est d’être un exemple parmi d’autres d’avoir réussi en venant d’un territoire d’outre-mer. Peut-être que ma contribution est le partage de mon expérience, tout simplement. # Pourriez-vous mettre à terme vos compétences au profit de votre île natale afin d'enrayer le phénomène de fuite des cerveaux? En somme un "retour au pays natal"? C’est un de mes projets malheureusement l’offre sur le marché du travail ne me permet pas aujourd’hui de le faire. # Quels sont vos projets? Pour le moment, mes projets sont relativement à court terme : bien commencer la nouvelle année qui arrive… # Quels sont vos passions, vos loisirs? J’aime lire, cuisiner, écouter de la musique, faire du vélo. # Un film, un reportage à recommander? Ce n’est ni un film ni un reportage comme on l’entend, mais plutôt une action portée par l’association Life Edition : le projet « Monde qui es-tu ? ». L’association et ses membres œuvrent en faveur de la récolte, de la conservation et de la valorisation du patrimoine humain mondial afin que ce dernier soit légué aux futures générations. Toutes les informations sont disponibles sur le site : [www.mondequiestu.com->http://www.mondequiestu.com] # Votre nourriture favorite? Au sens propre et figuré. L’amour et le partage au sens figuré, la cuisine réunionnaise au sens propre ! # Un artiste que vous appréciez? J’aime beaucoup M, et dernièrement un petit coup de cœur pour Lou Doillon. Je suis très ouverte musicalement… # La musique que vous aimez fredonner? Toutes celles qui passent à la radio ! # Une devise pour l'Outre-Mer? Plutôt pour la Réunion : « L’île de la Réunion, Terre de métissages et de rencontres ». # *Questionnaire réalisé par Yola Minatchy