Charlie Mamie, créateur de l'agence ANSWERDESIGN à Paris

Mar 10, 2013
Portraits

[[[img src="left" alt="jpg/CMamie.jpg" align="" ]][[[img src="left" alt="png/logo.png" align="" ]] _ _ _ _ # Votre choix professionnel actuel correspondait à une vocation? Il est indéniable que ce gène créatif était intrinsèquement inscrit en moi. En effet, dès mon plus jeune âge, j’ai été bercé par ce fabuleux métier qu’était l’ébénisterie. J’ai en tête des moments très privilégiés, que j’ai passés dans l’atelier familial au côté, de mon père ainsi que de mon grand-père maternel et paternel. Là, j’ai pu les voir façonner, transformer cette matière brute. Mon émerveillement était à son comble. Sans contexte, ils ont su réveiller en moi cette passion pour le travail manuel et j’ai voulu aller beaucoup plus loin dans ma démarche artistique, étendre mes connaissances, maitriser les nouvelles techniques, les nouveaux matériaux. C’est à juste titre que le métier de designer s’est imposé à moi. Et j’ai donc naturellement décidé d’intégrer les prestigieuses École Boulle et l’ENSAD. # Racontez-nous vos années d'études, votre parcours professionnel? Je m’étais orienté vers un CAP menuiserie agencement obtenu conjointement avec un BEP Bois et Matériaux Associés, puis j’avais passé un Bac Pro Artisanat et métiers d’arts, option ébénisterie. Ne voulant pas m’arrêter en chemin, j’avais décidé de me présenter au concours d’entrée de la prestigieuse École Boulle de Paris. Un pari audacieux, couronné par l’obtention d’un diplôme des métiers d’arts de l’habitat en ébénisterie. Ensuite j’ai passé une année de spécialisation en Décors et traitements de surfaces. Cherchant à étendre mes connaissances et à maîtriser de nouvelles techniques dans le domaine du bois et des nouveaux matériaux, j’avais décidé de me confronter au concours d’entrée de la très sélective École Nationale supérieure des Arts décoratifs. Pari gagné là aussi pour moi, je faisais partie des 9 élèves admis en Section Design Mobilier. Diplômé de l’ENSAD avec une Mention Bien, j’avais décidé d’entreprendre une formation de 3ème degré en Recherche et production avec la perspective de créer mon agence d’architecture d’intérieur et de design mobilier et objet. J’avais par ailleurs obtenu le Prix d’honneur de la Région Guadeloupe en 2002 et présenté mes œuvres à divers salons internationaux de mobilier et de design tels que le Salon Maison et objets, le Salon du Meuble de Paris, le Salon international du design à Milan, l’exposition universelle de Lisbonne et de Hanovre, et bien d’autres. Depuis 2006, je fais cohabiter la tradition et le Design au cœur de mon agence ANSWERDESIGN spécialisée en architecture d’intérieur et design mobiliers et objets. Des créations sobres, élégantes, incarnées, qui racontent des histoires et parlent à l’imaginaire. Actuellement, je travaille sur l’aménagement complet du Golf International de Saint-François et de restaurants parisiens, ainsi que sur une nouvelle ligne de mobiliers. # Recevoir le prix talent de l'Outre-Mer a-t-il eu un effet bénéfique sur ce parcours ? Au-delà de la fierté d’avoir reçu ce prix, hautement significatif pour moi, j’ai pu véritablement développer mon réseau et faire émerger des projets très attractifs. Ce fut pour moi l’occasion de me faire connaître auprès de la communauté ultra marine. # Quitter votre terre natale a-t-il été vécu comme un sacrifice, un déracinement, une nécessité ? Que vous manque-t-il le plus de votre département d'origine ? Je suis profondément attaché à la Guadeloupe et ma commune de Pointe-Noire ; mes racines m’ont bien évidemment permis d’être ce que je suis aujourd'hui, mais il était absolument nécessaire que je vienne en métropole pour intégrer les meilleures écoles telles que l’École BOULLE et l’ENSAD. Retrouver cette atmosphère chaleureuse particulière propre à mes origines me manque parfois. # Quelle est votre perception de la situation socio-économique en Outre-Mer ? La situation socio­économique en Outre­Mer me semble encore très marquée par des handicaps économiques et sociaux sérieux tels que le taux élevé du chômage, le pouvoir d’achat en baisse ou la crise du tourisme, mais je trouve qu’on ne souligne pas assez certains de nos atouts tels que l’artisanat ou certaines ressources locales telles que la culture de la banane et de la canne à sucre et la richesse de notre biodiversité véritable «laboratoires » en matière d'énergies renouvelables. # Votre ressenti par rapport à l'insertion et à la représentativité des domiens au niveau local, national ou international ? Je parlerais surtout de ma profession et il est vrai qu’il y a une lacune énorme en termes d’insertion et de représentation domienne que ce soit au niveau local, national ou international. Nous sommes malheureusement, encore de nos jours très peu à exercer ce si beau métier qu’est le design mobilier et l’architecture d’intérieur . # Comment vivez-vous votre lien avec la France, la mère patrie ? Je vis ce lien très naturellement ; j’ai eu la chance de réaliser mon rêve grâce à tout ce que m’a apporté la France en terme d’enseignements, de pratiques et de savoirs culturels au travers de professionnels reconnus mondialement dans la maitrise de leurs arts. # Quel est votre regard sur le pays dans lequel vous vivez actuellement ? J’ai un regard empreint de nuance. En effet, le pays souffre de nombreux maux qui engendrent une certaine morosité dans la population, une résignation. La recherche permanente de la productivité et du pouvoir créent des disparités. Pour nous domiens, tous les appareils pour réussir sont présents, mais encore trop peu d’entre nous accèdent aux prestigieuses écoles. # Que pensez-vous du rôle du C.A.S.O.D.O.M*, le comité parisien à l'origine de la création du prix jeune talent et talent confirmé de l'Outre-Mer et de l'impulsion de notre Réseau ? Pour avoir participé à de nombreuses remises de prix, je peux dire que le CASODOM reste un vecteur important pour faire connaitre tous les talents que possède l’outre mer. J’ai moi-même eu le bonheur de rencontrer des compatriotes émérites dans d’autres disciplines que je ne soupçonnais même pas. # Quel conseil donneriez-vous aux jeunes domiens afin de les motiver à suivre le chemin des Talents de l'Outre-Mer, notamment aux jeunes qui sont en proie à des difficultés dans nos îles ? Je leur dirais que rien n’est impossible. Ne perdez pas espoir, l’opiniâtreté paie toujours. L’investissement dans le travail demeure un véritable gage de réussite. Croyez en vos rêves et en vous. Comment envisagez-vous d'apporter votre contribution à la cause de la mise en valeur de la compétence ultramarine, au Réseau des talents de l'Outre-Mer ? J’aimerais tout simplement pouvoir parrainer les nouveaux et jeunes talents domiens en leur donnant la possibilité de bénéficier de certaines de mes compétences et mon réseau professionnelle. # Pourriez-vous mettre à terme vos compétences au profit de votre île natale afin d'enrayer le phénomène de fuite des cerveaux ? En somme un "retour au pays natal" ? Quels sont vos projets ? Je suis complètement animé, par le désir ardent de pouvoir implanter une antenne de mon agence de design mobilier et d’architecture intérieure en GUADELOUPE. Par ailleurs, créer un espace showroom qui serait une véritable maison d’édition pour faire connaître d’autres créateurs participe aux nombreux projets que je souhaiterais développer. # Quels sont vos passions, vos loisirs ? Mélomane, cinéphile, l’horlogerie de luxe, l’architecture, l’architecture navale, la gastronomie,… La photo d’art en noir et blanc, l’Art, l’histoire de l’art, les voyages, les expositions, la peinture, la création,… # Un livre de prédilection ? Une "bible" ? Oui la bible, au sens propre. Je suis croyant et remercie chaque jour le Bon Dieu de me permettre d’exercer mon métier. Au sens figuré ce livre est également une bible : « Book of the year Vol.1-2-3-4 » qui est un véritable outil de promotion pour les différents designers, toutes disciplines confondues. Ce livre, écrit par Marc PRAQUIN, est réédité chaque année. # Une idole, un modèle ou un penseur dans l'histoire, dans la fiction ou dans notre société actuelle vous accompagne? Zaha HADID, elle pose ses bâtiments comme autant de vaisseaux défiant les lois terrestres. Ils ont toujours l’air de sortir de terre, donnent l’impression d’atterrir et de se poser sur le sol, tels des vaisseaux lunaires. Radicale elle s’affranchit de l’angle droit, la norme en architecture. « Elle cherche à faire obliquer la lumière ». Elle privilégie « une architecture sans couture, qui s’inscrit dans la continuité d’un paysage ». Une de ses collections de mobilier a d’ailleurs été baptisée Seamless. Elle insiste sur la « texture du tissu urbain » et souligne que pour tout bâtiment, « la légèreté, c’est la clé». # Quel geste faites-vous au quotidien afin de préserver l'environnement, de réduire votre bilan carbone ? J’échange essentiellement par mail et n’imprime que par absolue nécessité ; cela réduit ainsi considérablement la quantité de papiers que l’on peut imprimer inutilement. Dans mes créations, j’utilise du bois issu de forêts de gestion durable. La gestion durable des forêts vise une gestion restauratoire de la biodiversité pour une meilleure résilience de l’ensemble des éco-systèmes forestiers tout en répondant aux besoins socio-économiques d’utilisation des ressources forestières. # Quelle serait votre cité idéale dans ce monde en mutation, en crise ? Une cité où quel que ce soit son niveau social, tous se regrouperaient pour mettre en commun ses compétences pour créer une cité solidaire, sociale, qui donne à chacun la chance de s’exprimer et faire un métier rémunérateur. # Un film, un reportage à recommander ? - Film : Les Chemins de la dignité - Réalisé par George Tillman Jr. Robert De Niro, Cuba Gooding Jr., Charlize Theron - Genre : Drame - Reportage : Des Racines & des Ailes – France 3 # Votre nourriture favorite ? Au sens propre et figuré. Fricassée de chatrou à l’antillaise, accompagné d’un riz à l’ananas. Je me nourris de mes contemporains, de mon rapport aux autres pour puiser mon inspiration, analyser les besoins et anticiper les demandes en termes de design. # Un artiste que vous appréciez ? Bercer dès mon plus jeune âge, dans la jazzosphère et la salsa, au travers de vinyle, quel dilemme d’en choisir un, quand j’en pourrais en choisir 101. Le jazz s’écoute. Il se regarde aussi. La présence scénique de ses artistes, le spectacle du corps impliqué dans une musique de l’élan et du risque qui se joue body and soul, la captation de ces moments de funambulisme sur le fil de l’imprévu, d’adversité et de complicité, de tension et de détente, de souffrance et de jouissance au seuil de l’extrême, tout cela participe de la légende et de la vie du jazz. Ce choix carpédien, n’est que le sommet de l’iceberg, puisqu’il en faut un, Marcus MILLER : son jeu transpire une intelligence rythmique sans égale. Elle ravive le rôle intrinsèque de la basse pour mieux servir la mélodie par des banderilles foudroyantes – un sens du placement et des respirations qui apportent cette touche sensuelle très particulière et dénotent sa vision globale de l’orchestration. # La musique que vous aimez fredonner ? Human Nature, de Miles DAVIS. Son jeu se caractérise par une grande sensibilité musicale et par la fragilité qu'il arrive à donner au son. Donc plus que fredonner, j’adore m’immerger totalement dans la musique ; ça apporte beaucoup à mon inspiration # Une devise pour l'Outre-mer ? Comme l’a si bien, cité Charles LLOYD, « Rosa s’est assise pour que Martin puisse marcher. Martin a marché pour que Barack puisse courir. Barack a tellement couru que nos enfants vont pouvoir voler. » Donc pour résumer, Sa ki la pou'w, dlo pa'a chayè'y (ce qui t'es destiné te reviendra)